COUVERTURE ET APPROVISIONNEMENT EN EAU AU NORD DU BURUNDI, DANS LA COMMUNE DE GITERANYI

La structure géographique affecte profondément la disponibilité en eau dans la province de Muyinga, qui comporte différentes communes , dont celle de Giteranyi. Cette dernière se trouve sur un  plateau situé entre 1400 m et 1600 m d’altitude de telle façon que toute l’eau de pluie coule en pente. De plus, il  y a peu de rivières et la nappe phréatique se trouvent à une grande profondeur. Bien que cette région ne soit pas affectée par une grande sécheresse, il n’y a ni infrastructure ni technologie nécessaires pour récolter et traiter l’eau pluviale, qui se perd facilement et ne peut donc pas être utilisée après la fin de la saison de pluie pour l’approvisionnement de la populations. Les seules sources d’eau existantes se trouvent à environ  4 km.

Toutes ces raisons sont à l’origine du faible taux de couverture hydrique dans cette région (une moyenne de 46% pour la province entière de Muyinga, et seulement 20% pour la commune de Giteranyi).

Statistiques

La faible couverture en eau potable met la population du village en situation de stress hydrique. En effet,  la population ne peut  se ravitailler  que de 10 à 20 litres d’eau par jour et par foyer, ce qui est très inférieur au minima des besoins humains évalués par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) : 20 litres par personne et par jour. La situation est donc assez critique.

Les graphiques ci-dessous présentent la situation de l’approvisionnement en eau au Burundi comparée à celles d’autres pays d’Afrique et à  la Suisse.

carte de l'Afrique avec statistiques

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Consommation de l’eau en Suisse entre 1945 et 2010

RÉPERCUSSION DU MANQUE D’EAU

Au Burundi, les problèmes de santé causés par la pénurie d’eau sont répandus et graves – 4% des enfants en dessous de l’âge de 5 ans meurent suite aux maladies diarrhéiques. Ces maladies concernent aussi bien la quantité insuffisante d’eau potable que sa mauvaise qualité. Les épidémies de choléra et de dysenterie qui entraînent une déshydratation sévère chez les malades et plusieurs cas de décès sont souvent recensés.

La consommation de l’eau non-potable a de très grandes conséquences négatives sur la population. Les maladies associées (par ex. diarrhées, hépatites, typhus) augmentent la mortalité infantile, ainsi que celle des femmes enceintes. Une grande partie de la population contaminée a une diminution du système immunitaire. Leur difficulté à garder un certain niveau d’hygiène est responsable de diverses maladies de la peau, des yeux et des dents. C’est la raison pour laquelle, la consommation de l’eau non-potable et l’accès insuffisant à l’eau sont les causes principales de la faible espérance de vie des communautés.

Parfois, les habitants prélèvent l’eau à boire à une source où les animaux domestiques s’abreuvent aussi, entraînant ainsi la contamination de l’eau par des germes pathogènes d’origine animale.

Il y a d’autres répercussions suite au manque d’eau, elles concernent la vie familiale et la structure sociale dans le contexte rural. 

En effet, dans la partition des devoirs familiaux, ce sont en majorité les enfants qui sont chargés de l’approvisionnement en eau pour toute la famille. Pour ceux qui vont à l’école, ils doivent se lever à l’aube et marcher pendant des heures pour arriver à une source d’eau. De plus, selon le moment de la journée, ils doivent faire la queue pour remplir leurs bidons (de 5 à 20 litres selon l’âge de l’enfant).

Pour ce qui est de la colline de Giteranyi, cela signifie que l’enfant doit se lever avant 5 heures du matin, afin de récolter et ramener l’eau à la famille, puis arriver à temps à l’école. Par conséquent, seuls les plus motivés trouveront l’énergie d’aller et de s’impliquer à l’école, d’où un taux d’illettrisme et d’analphabétisme très élevé.

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Il est important de souligner que cette corvée d’eau  intensifie la différence du taux d’alphabétisation entre les garçons et les filles. En effet, ce sont  les filles qui sont les plus touchées car elles ont prioritairement la  tâche d’approvisionner en eau toute la famille, alors que les garçons doivent aller chercher du bois pour faire le feu, tâche qui peut être accomplie en allant ou en revenant de l’école. Cette répartition des tâches a des répercussions sérieuses sur la vie des femmes : le manque d’éducation des filles a pour conséquences des mariages et des grossesses précoces, ce qui fragilise leur santé et diminue leur indépendance financière.  

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Cependant, il a été démontré, par bon nombre d’études, que dans un contexte social déstructuré suite à une guerre civile, comme celle du Burundi, c’est la population féminine qui est la plus encline aux projets de reconstruction de la nation, de réconciliation et de développement, tandis que les hommes sont plus réticents à s’investir .

 À cette situation s’ajoute le problème de la sécurité des enfants et surtout des petites filles, pour qui les risques d’agression sont grands lorsqu’elles vont chercher de l’eau.

En conclusion, la réalisation de ce projet aurait des répercussions positives sur la structure sociale de la commune de Giteranyi, telles que :

  • le processus de développement de cette région rurale,
  • l’augmentation  du taux de scolarisation et d’alphabétisation,
  • la diminution des différences de scolarités entre les genres,
  • la mise en sécurité des filles,
  • la possibilité de suivre un parcours d’instruction complète pour les filles
  • la diminution de certaines maladies liées au manque d’eau potable.
  • la diminution de la mortalité infantile
  • l’amélioration de l’hygiène corporelle et vestimentaire
  • l’augmentation de la productivité du petit élevage

Par ce projet, nous aimerions relier l’approvisionnement en eau potable à l’activité scolaire afin que ces deux activités ne soient plus inconciliables.